Confinement (partie I) : dans les CRA français, les migrants luttent pour leur santé

Le 20 mars, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, alertait le gouvernement dans une tribune au Monde sur l’incompatibilité du maintien en activité des Centres de Rétention Administrative (CRA), où sont enfermés les sans-papiers en attendant leur expulsion, avec les directives des autorités sanitaires.

Voir aussi : “Des centres de rétention utilisés à plein régime” : l'enfermement des migrants en France

Le 20 mars, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, alertait le gouvernement dans une tribune au Monde sur l’incompatibilité du maintien en activité des Centres de Rétention Administrative (CRA), où sont enfermés les sans-papiers en attendant leur expulsion, avec les directives des autorités sanitaires.

Conditions de vie des détenus aggravées

Restauration collective, chambres à six lits, pas de produits d’hygiène jetables, personnels peu ou pas protégé, détenus laissés sans informations : la situation dans ces centres aux locaux exigus et à l’hygiène défaillante présente un risque élevé de devenir des foyers de propagation du Covid-19. Et la prise en charge des migrants touchés n’est pas garantie. Le 14 mars, un cas de coronavirus était détecté au CRA de Lille-Lesquin. Les sans-papiers furent contraints d’en arriver à une grève de la faim de plusieurs jours pour que le centre commence à être évacué.

Les conditions de vie des détenus se sont considérablement dégradées à cause des mesures de confinement. Les visites, les dépôts d’affaires et les transferts d’argent sont suspendus, ce qui signifie plus de cartes prépayées pour téléphoner, plus de cigarettes, plus de nourriture autre que celle du self. Le respect de la dignité et des droits fondamentaux des personnes n’est clairement plus assuré ーil ne l’était déjà que vaguement auparavant…

Une détention illégale

Alors que les pays du monde entier ferment leurs frontières les uns après les autres et que les vols internationaux ont été drastiquement réduits, la rétention perd son sens en plus d’être illégale ー d’autant plus lorsqu’on se souvient que ces détenus n’ont commis d’autre délit que celui de partir de chez eux... L’article L-554-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose qu’un “étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ”. Ce départ étant irréalisable vu la proportion mondiale de l’épidémie, maintenir les personnes en rétention est juridiquement indéfendable et constitue un enjeu de santé publique.

La Cimade, une des principales associations de soutien aux exilés en France, a notamment cessé ses activités dans huit CRA depuis le 16 mars, estimant les centres inadaptés à prendre en charge les personnes face à la crise sanitaire : “il n’y a même pas, dans certains centres, de gel hydroalcoolique”. Le 23 mars, la Cimade et quatre autres organisations ont saisi le Conseil d’État pour réclamer “la fermeture de tous les centres de rétention”. Pour l’instant, aucune mesure n’a été prise en ce sens de la part du ministère de l’Intérieur.

Une évacuation progressive...mais des expulsions qui continuent

Au 16 mars, 900 personnes étaient encore retenues dans les CRA, 9 jours plus tard il n’en restait que 160 grâce à la mobilisation des juges et, dans une moindre mesure, de quelques préfectures. Le 20 mars, le bâtonnier de Lyon communiquait dans un courrier au préfet son inquiétude que “de nouvelles entrées [aient] lieu tous les jours” au CRA de la ville…

Néanmoins, les expulsions semblent continuer… Selon la Cimade, entre le 14 et le 20 mars, 26 expulsions ont eu lieu vers le Mali, l’Algérie, la Georgie, la Roumanie, la République démocratique du Congo et les Pays-Bas. Le Covid-19 peut produire des porteurs asymptomatiques, les CRA sont propices à la propagation du virus et les systèmes de santé des pays africains sont majoritairement trop mal équipés pour faire face à une crise sanitaire de cette ampleur. Expulser, c’est risquer la naissance d’un nouvel épicentre de l'épidémie dans les pays où les systèmes de santé sont les moins à même de gérer une crise sanitaire. Et que fera-t-on quand des milliers de personnes fuiront leur pays ravagé par la pandémie pour aller en Europe ?

Nous sommes en guerre contre le Covid-19, cessons celle contre les exilés : stop aux expulsions !

Lire la suite de notre série : Les pouvoirs publics à Calais exacerbent une situation déjà alarmante

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